PetroCaribe et le rapport de la Cour des comptes sont la fin ou le début de quoi ?

Published On juin 4, 2019 | By Samanta Bellange | Actualités

La publication de la deuxième partie du rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif est la fin de quoi ? Est le début de quoi ?

À ces deux questions, il est difficile de répondre depuis que, page après page, on a pu prendre connaissance des manœuvres et acrobaties de nos responsables publics, de nos entrepreneurs, de nos entreprises et de nos institutions pour détrousser le pays depuis 2008.

Le préjudice est permanent. Dans la forme ou dans le fond. L’appât du gain mal acquis, une constante. Les manquements aux normes, systématiques. Nos acteurs ont oublié les plus élémentaires précautions tant l’esprit de l’époque donnait libre cours aux excès.

Certaines fraudes sont si évidentes, l’absence de réalisation de certains contrats est si flagrante, l’insouciance des tricheurs est si arrogante que l’on doit se demander si une fois, un jour, pour un projet, ils s’étaient posé la question « et si on nous demande des comptes ».

Les institutions chargées de mettre fin, de réduire, d’interdire le pillage des deniers publics ont toutes fermé les yeux. Pendant un an, deux ans, cinq ans, dix ans.

Pas une poursuite n’a été engagée. Pas un redressement recommandé. Pas une enquête diligentée. Pendant un an, deux ans, cinq ans, dix ans.

Dans le lot des défaillants, il y a la Cour des comptes elle-même. Même si aujourd’hui il faut saluer le courage de ceux qui conduisent l’examen et qui ont pris sur eux de publier les deux parties du rapport et de promettre la suite.

Dans le lot des défaillants, il y a toute la chaîne de contrôle. Des milliers de fonctionnaires. Tous les comptables des institutions concernées. Toutes les institutions financières qui ont fermé les yeux sur la fortune soudaine de leurs clients.

Dans le contingent des défaillants, il y a tous les ambassadeurs du Venezuela en Haïti, nos amis de Caracas et toutes les ambassades des pays amis qui ouvrent leurs portes à des prévaricateurs que la rumeur et l’évidence des défaillances accusent depuis des années.

Il y a enfin, dans le gros stock des défaillants, toutes les victimes qui murmurent ou qui se murent dans le silence. Elles qui vont payer la note, toute la note et même une double note : celle de la dette et celle de tous ces projets à refaire.

Ce rapport va-t-il changer le cours de l’histoire ? Provoquer des démissions ? Ouvrir la porte à des poursuites ? Se conclure par un procès ?

La publication de ce deuxième rapport marquera-t-elle, au moins, la fin du vol en bandes organisées en Haïti ou, pire, le début d’une meilleure organisation du vol des maigres ressources de ce pays ?

Personne ne peut répondre aujourd’hui à ces questions. Mais on n’a qu’à voir la liste de toutes les institutions et acteurs qui sont prêts à s’accommoder du pire pour comprendre que beaucoup sont prêts à s’acoquiner pour perpétuer la rapine institutionnalisée.

Ni euphorie, ni cynisme, ni précipitation, ni défaitisme ou découragement ne change les sociétés. Il faut de patients combats et des combattants résolus.

Ce qui s’est passé sous quatre administrations de 2008 à aujourd’hui dans le dossier PetroCaribe mérite que d’une façon ou d’une autre des coupables, par action ou par omission, paient le prix de leurs forfaits.

Frantz Duval

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